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Perso | 21.11.2015 - 11 h 25 | 1 COMMENTAIRES
Le Jeu Maudit Des Différences.

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Voilà maintenant un an et demi que je suis conscient de mon identité de genre non-cis.

En mai 2014, je prenais clairement conscience de mon identité de genre. À partir de ce moment j’ai pu apprendre pas mal de choses sur la société. Les oppressions, le système dominé/dominant.

Je préviens maintenant que si quelque chose vous semble mal-dit, incomplet ou je ne sais quoi, il faut m’en faire part.

Je vais parler de la différence que j’ai pu ressentir durant trois périodes importantes dans ma vie.

– La première concerne toutes ses années, de ma naissance jusqu’à mai 2014. Quand j’étais sociabilisé comme fille ET que je me conformais à ce genre en pensant l’être.

– La seconde concerne la petite période d’un an, à partir de mai 2014 où je savais être un mec mais que j’étais encore sociabilisé en tant que fille. Ça recouvre la période où je n’avais encore rien commencé jusqu’à ce que les hormones modifient mon apparence et me permettent d’être sociabilisé au masculin, c’est-à-dire jusqu’à juillet 2015.

– La troisième période est entamée depuis peu, elle commence en août 2015 et se finira lors de mon décès (normalement, pas de suite), où je suis sociabilisé au masculin.

 

Première période : Enfance jusqu’à mai 2014 (20 ans)

Durant cette période où j’étais et pensais être une femme/fille, je n’avais pas conscience de l’aspect systémique de la misogynie et du sexisme. C’était tout intériorisé, ainsi que les injonctions.

Je me contentais d’obéir quand je n’avais pas le choix, bien que ça pouvait m’énerver ou me fatiguer.

En ce qui concerne l’apparence, déjà, et le comportement, un peu.

Enfant, il faut dire qu’on me demandait surtout de ne pas me salir. Ne pas traîner par-terre, tandis que mes petits camarades AMAB* pouvaient le faire sous les yeux de leurs parents, indifférents.

Il fallait que je sois propre, que je sente bon, que je ne ne fasse pas de grimace, ce n’est pas joli pour une fille. Il faut se tenir droit, une fille bossue ce n’est pas joli. Et le meilleur : « souris, tu seras plus jolie. »

En classe, on nous reprochait à mes camarades AFAB** et moi de ne pas être calme. Tandis que les AMAB on le leur disait une fois, grand maximum. Histoire qu’iels ne dérangent pas le cours.

À l’adolescence, à partir de l’entrée au collège, les premières injonctions sociale arrivent. Elles ne viennent pas de mes parents (pas encore) mais de l’environnement, le collège surtout.

Les AMAB ne veulent pas de moi, je suis une fille. Les AFAB ne veulent pas de moi, car je ne me maquille pas, je ne suis pas assez féminin, mes vêtements sont pour les bébés. Je suis très candide à l’époque, et ça se ressentait à travers mon apparence et expression vestimentaire de « petite fille »

Quand nous sortions avec mes parents, il y avait toujours quelque chose à dire.

« Souris un peu, montre que tu es heureuse » « tiens-toi droite » « Tu aurais pu t’épiler les sourcils » « Ne mets pas ce pantalon, tu vois bien qu’il n’est plus d’actualité »

Pourtant, le pire étaient les compliments…

« Que tu es jolie » quand je porte un vêtement qui fait trop fille, trop apprêtée, qui ne me plaît pas.

« Tu ressembles à un bonbon » pour dire que je suis mignonne.

« Ah, ben tu ressembles enfin à quelque chose ! »

Toutes ses phrases montraient que ma famille avait un total contrôle de mon propre corps.

Si je grossis, c’est mal. Si je maigris c’est bien.

Dernièrement, un.e AFAB disait que sa grand-mère l’avait félicité.e pour sa récente perte de poids. Iel avait fait une dépression qui lui avait retiré la volonté de manger et sûrement tout sensations de faim.

On oublie totalement ce qu’il se passe derrière, car l’essentiel pour la société et l’environnement, c’est qu’iel ait maigri.

Dans la rue, seul, quand je marchais pour aller au collège, il arrivait qu’une voiture klaxonne. Je regardais, et c’était un homme, ou plusieurs, soit qui regardai(en)t comme s’il(s) découvrai(en)t pour la première fois une personne d’apparence féminine, ou alors s’excitai(en)t dans la voiture.

Ça me flattait à l’époque, puisque personne ne me trouvait désirable.

Maintenant je me dis simplement : « J’avais juste 12 ans, punaise »

Au lycée, vu que je ne m’habillais que de façon neutre, mes parents étaient lourds avec ça.

« Pourquoi tu n’es pas plus coquette ? » « Coiffe-toi, on dirait Marie La Folle ».

Au lycée, on m’évitait. J’étais le bouche trou.

On m’empêche de sortir comme je veux, quand je veux.
Si je veux faire du vélo, il faut que je donne un coup de fil tous les quart d’heure pour signifier que je suis toujours en vie ou que tout va bien.

Si je veux me promener, pas seul. Pas là où c’est désert.

On m’apprend à avoir peur de sortir, peur de l’extérieur, peur des hommes (personnes perçues au masculin)

Puis à la fac, j’ai pu souffler, car je n’avais pas spécialement envie d’obéir aux injonctions des parents. Mais j’avais envie d’être désirable, car je voulais trouver quelqu’un, sincèrement. Mais que la personne puisse m’aimer pour qui je suis, et non pour l’image que je reflète. Dur.

Quand j’essaie de parler, on m’interrompt. Et quand j’arrive à parler, c’est une fois que tout le monde a parlé (j’étais souvent en présence d’AMAB) mais on ne m’écoute pas ou peu.

Mes propos n’invitent pas à une conversation.

Je rencontre Damia, et un mois plus tard, nous sommes déjà à la seconde période.

Avec Damia, je commence à m’intéresser au féminisme et je prends conscience des privilèges, oppressions.

Des différences blanc.he.s/racisé.e.s ; trans/cis ; homo-bi-pan/hétéro ; romantique/aromantique ; allosexuel.le.s/asexuel.e.s ; valides/invalides ; etc.

Et aussi hommes/femmes.

Le sexisme, la misogynie.

Et puis une nuit, à 2h du matin, en rentrant seul, (et je ne vous préciserez pas comment j’étais habillé, car cela n’a strictement rien à voir) je suis victime d’une agression.

Il n’y a personne d’autres que moi que cet individu qui m’aura fait comprendre en un seul geste tout ce que Damia m’apprenait.

À ce moment-là, je prends conscience que mon corps m’appartient, et qu’il n’est pas question que les autres continuent à me juger sur mon apparence.

 

Seconde période : mai 2014 (20 ans) jusqu’à juillet 2015 (21 ans) – Et il y a deux catégories :

  • La première où je n’ai rien entamé comme parcours (mai 2014 à décembre 2015)
  • La seconde où j’ai commencé mais encore perçu au féminin (janvier 2015 à juillet 2015)

 

Mai 2014 à décembre 2015 :

Je prends conscience de mon identité. Je veux être perçu comme homme mais je n’ai pas commencé de parcours.

Je sais qui je suis, mais seul.e.s celleux à qui je l’ai dit le savent.

Donc il faut ajouter la frustration à la colère d’être pris pour un bout de chair à baiser.

Je ne parle pas des « mademoiselle » qu’un.e gentil.le commerçant.e va me dire lorsque je rentre ou sors dans son commerce.

Mais des regards dans la rue.

Ces AMAB qui me regardent de façon répugnante. Je sais qu’ils regardent un homme. Mais eux regardent une femme. (ou un sex-toy, faut voir)

À ce moment là, ça devient intimidant et dysphorisant.

Sachant qui je suis, je refuse de me féminiser. J’arrête de m’épiler, je ne me conforme plus selon le genre qu’on m’assigne.

Oui on parle d’assignation à la naissance (AMAB, AFAB) mais ça ne s’arrête pas là. On pourrait parler de AM et AF (Assigned Male/Female) parce que ça continue tant qu’on est vivant.

Je refuse donc de continuer à me conformer selon le genre qu’on m’assigne encore.

Mes parents n’en ratent pas une.
« Depuis que tu es à la fac, tu te laisses aller » « Tu as grossi » « Tu ne prends plus soin de toi »

« Ton apparence laisse à désirer » etc.

Pour la place dans la société, c’est pareil qu’avant, sauf que j’aimerais être écouté.

Parce que oui, quand ça parle transidentité, je suis concerné, même si je n’ai pas commencé mon parcours.

 

Janvier 2015 à juillet 2015

Mon parcours est commencé, tout est en marche et là aussi ça bloque, car l’attestation et la première injection ne m’ont pas transformé instantanément en homme.

Je sais que la testostérone imprègne mon corps, je sais que je suis un homme, et les gens s’attachent encore l’apparence que je donne.

Personne ne prend la peine de demander « Avec quel pronoms souhaiteriez-vous être adressé ? »

Personne ne me demande avec quels accords et genre je veux qu’on s’adresse à moi.

Alors on choisit à ma place.

Quand je parle, je suis toujours aussi légitime qu’une chaussette dans un frigo, je n’ai pas ma place.

Je ne me sens pas à ma place avec les femmes, et les hommes me font comprendre que je ne suis pas des leurs.

Dans la rue, je suis encore ce bout de chair que les mecs veulent à tout prix regarder, même si je ne me sens pas du tout désirable, et encore moins fille.

Et je n’ose pas prendre ma voix qui a mué pour leur répondre « Tu veux que je m’occupe de toi ? »

Parce qu’ainsi, je ne ferais qu’encourager la transphobie envers les femmes trans.

 

Troisième période : Août 2015 à maintenant (21 et 22 ans et plus encore)

On commence à m’appeler monsieur, sans hésiter, on me laisse plus facilement parler, dans la rue, j’ai toujours mes réflexes et la peur, pourtant je suis ignoré, les personnes perçues au masculin sont indifférentes à ma présence.

On s’intéresse plus à moi qu’avant, des gens me font des réflexions sexistes comme si j’allais approuver (spoil : non)

Je prends conscience de mes privilèges d’homme.

Et bien que j’ai pu vivre au féminin pendant 21 ans, je me dois de laisser la parole aux femmes, aux personnes perçues comme femmes et vivant les oppressions qui s’y attachent, car je suis conscient d’en être débarrassé, et que je le veuille ou non, je jouis de ce privilège.

 

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* AMAB : Assigned Male At Birth, Assigné.e garçon à la naissance.

** AFAB : Assigned Female At Birth, Assigné.e fille à la naissance.